ledjely.com

GABON : entre calme précaire et crise latente

Avec l’aide de la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP) et la Cour constitutionnelle, Ali Bongo se succède à lui-même. Pour autant, lui et le Gabon ne sont pas tirés d’affaire. De fait, les élections frauduleuses s’apparentent à une longue guerre dont le prétendu vainqueur ne remporte que la première bataille. Dans le cas du Gabon, c’est maintenant que les choses sérieuses commencent pour Ali Bongo. Ayant volé la légalité, il devra se préparer à affronter le manque de légitimité. D’ailleurs, c’est comprenant ce handicap congénital de son second mandat qu’il s’empresse de solliciter le dialogue et de proposer un gouvernement d’union nationale. Sauf que rien de tout cela ne saura combler le vide laissé par l’adhésion authentique des électeurs.

L’implosion évitée

On imagine que c’est avec l’implication d’émissaires nocturnes qui ont notamment dû user de la pression que les protagonistes de la crise postélectorale au Gabon se sont quelque peu assagis. Ainsi, en dépit de toutes les appréhensions, la validation de la victoire d’Ali Bongo n’a suscité aucun mouvement. Jean Ping, quoiqu’amer, s’est néanmoins contenté d’une déclaration pleine de sous-entendus et de menaces à peine voilées. Pour sa part, Ali Bongo, quoique vainqueur, s’est abstenu de tout triomphalisme. Tout au contraire, il s’est présenté en rassembleur et appelé au dialogue, allant même jusqu’à proposer un partage du pouvoir. La diplomatie discrète est passée par là. Le Gabon évite l’implosion.

Ali Bongo, président-otage

Cependant, ce n’est pas la fin de la crise. Au contraire, celle-ci n’en est qu’à ses débuts. Parce qu’en réalité, le Gabon et Ali Bongo continueront à souffrir de la fraude électorale durant tout le mandat qui commence. Avec des concessions à gauche et à droite, il y a des chances que la crise ne soit jamais ouverte. Par contre, elle sera toujours latente. Conscient de son poids électoral et du soutien dont elle dispose de la part de l’opinion publique, l’opposition continuera à pourrir la vie au président Bongo, avec des exigences à n’en plus finir. Ce dernier, tout aussi conscient de son illégitimité, devra accéder à tous les caprices. Autrement, il sait qu’il n’est pas à l’abri d’une insurrection qui pourra abréger son mandat.  C’est cela aussi la rançon de la fraude. On est un président en otage.

Le Gabon, cadet des soucis

Le Gabon aussi pâtira du hold-up électoral. Car c’est connu, le partage du pouvoir se fait souvent au détriment du développement du pays. Ali Bongo, pour garantir son maintien au pouvoir, devra tout d’abord renoncer à son programme et au choix de ses propres hommes. Il est obligé de se soumettre au diktat de certains de ses opposants qui ne sont pas toujours guidés par les intérêts supérieurs du pays et par les préoccupations de la population. Le propre des gouvernements d’union nationale en Afrique, c’est la répartition des postes juteux, des privilèges et tout naturellement des ressources. Un deal qui ne se justifie que par le besoin de tranquillité que peuvent éprouver les tenanciers du pouvoir. Et c’est cette forme d’entente que propose aujourd’hui Ali Bongo. Au grand dam du Gabon et des Gabonais.

Boubacar Sanso Barry  

 

sanso@ledjely.com, admin@ledjely.com Tel : 628 10 87 62

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.