LEJDELY INTERVIEW : Tout sur « Conakry, capitale mondiale du livre », avec Sansy Kaba Diakité

 En 2017, Conakry ne sera pas que la capitale de la Guinée. Elle sera également la capitale mondiale du livre. C’est ce que vient de décider l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Certains y voient l’incarnation même du retour de la Guinée dans le monde. Pour notre part, nous avons préféré en parler avec l’un des plus grands promoteurs du projet, en la personne du directeur général de la maison d’édition, L’Harmattan Guinée, Sansy Kaba Diakité. A travers l’interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction, nous avons évoqué ce grand événement culturel de portée mondiale sous toutes les coutures. Naturellement, il a également été question de la lancinante problématique du livre et de la lecture en Guinée.  

Ledjely.com : L’UNESCO a dernièrement porté son choix sur Conakry, comme capitale mondiale du livre en 2017. Quels sentiments face à cette consécration ?

Sansy Kaba Diakité : Je suis fier. Je suis content pour mon pays. C’est une victoire du peuple de Guinée. Je suis ému parce que ça permettra à la Guinée de faire son retour sur le plan culturel et spécifiquement dans le domaine du livre. Je suis ravi, parce que Conakry est la capitale de Camara Laye, de Thierno Monembo, de Djibril Tamsir Niane, d’Aliou N’Fantouré, de William Sassyne etc.

Ledjely.com : Vous étiez de loin le plus fervent porteur de ce projet. Peut-on connaitre les raisons d’une obstination aussi acharnée ?

 Sansy Kaba Diakité : Je pense plutôt que c’est une vision. En mettant en place ce projet, on s’est dit que le livre avait une place en Guinée. Qu’il avait un rôle important à jouer dans la société guinéenne. Le livre fait partie de l’avenir de la Guinée. Donc, nous sommes conscients que la Guinée doit maintenant faire son retour dans le monde littéraire, culturel. En plus, je ne suis pas le seul à travailler dans cette affaire, mais plutôt c’est toute une équipe qui s’y met. Notre vision est claire, nous voulons que la Guinée soit la capitale africaine du livre, c’est ce qui nous motive. Pour cela, nous souhaiterions que Conakry soit une référence en matière de livre, et c’est ce que nous sommes en train de faire.

 Ledjely.com : On aurait pu penser que dans cette bataille, la capitale guinéenne ne part pas avec les meilleurs atouts possibles. Qu’est-ce qui, à votre avis, a ultimement milité en faveur de Conakry ?

 Sansy Kaba Diakité : L’UNESCO a clairement dit que la Guinée a été choisi à cause de son programme. C’est parce que les Guinéens ont soif de lecture. Nous avons pu défendre notre budget, les coûts des dépenses et des recettes étaient maitrisés. Nous avons été véridiques avec la commission chargée des dossiers de candidature. Nous avons évoqué toutes les difficultés liées à la politique nationale du livre, mais aussi toutes les autres difficultés que le livre rencontre en Guinée. Tous ces maux ont été, entre autres, des facteurs qui ont touché l’UNESCO, pour qu’elle puisse porter son choix sur la Guinée. Dans le programme que nous avons fourni, nous avons étalé des projets pérennes, nous avons évoqué l’organisation des salons du livre, des tables rondes, des conférences scientifiques, des formations, des rencontres avec des éminents écrivains pour discuter de l’avenir du livre dans notre pays. Bref, nous avons fait un travail remarquable. C’est en outre, ce qui milité en faveur de la Guinée. Notre vision a été clairement définie. Nous voulons qu’à travers le livre, la Guinée puisse se développer.

Ledjely.com : A Conakry, on ne lit pas beaucoup. Comment combler le paradoxe entre cette réalité et le fait que cette ville veuille abriter un événement planétaire dédié au livre ?

Sansy Kaba Diakité : Je pense plutôt qu’il ne s’agit pas de combler un paradoxe. Mais la question est de savoir qu’est ce qui a été fait pour que les Guinéens lisent ? Aujourd’hui, les jeunes jouent au football parce qu’il y a des terrains un peu partout. S’il faut que les gens lisent, il faut créer des conditions pour accéder facilement aux livres. Il faut créer des bibliothèques, des médiathèques, dans les quartiers, dans les écoles, un peu partout, vous verrez que les gens vont s’intéresser à la lecture. Le fait que nous abritions la capitale mondiale du livre en 2017 va combler le paradoxe lié au livre en Guinée.

Ledjely.com : Outre le prix du livre et l’absence de bibliothèques ou de médiathèques dans les écoles et les quartiers, la faiblesse de la lecture chez les Guinéens ne pourrait-elle pas s’expliquer par un facteur historico-culturel résultant du contexte de l’obtention de l’indépendance du pays et du choix opéré par la suite par le premier régime ?

Sansy Kaba Diakité : Je suis d’accord qu’il n’y avait pas de bibliothèque ou de médiathèque en Guinée. Mais n’oubliez pas que beaucoup de cadres ont été formés. Il existait l’imprimerie Patrice Lumumba qui faisait des livres de qualité avec le respect de toutes les normes. C’est difficile d’analyser tous les aspects sociopolitiques en matière intellectuelle de la Guinée. Aujourd’hui, laissons  toute ces mauvaises choses derrière nous et osons faire de la Guinée une industrie du livre.

Ledjely.com : Pour revenir au choix porté sur Conakry, quels avantages la capitale guinéenne peut espérer en tirer ?

En termes de visibilité déjà, c’est quelque chose d’extraordinaire. Ça permettra à la capitale Conakry, d’être connu davantage. Toutes les associations professionnelles du livre effectueront le déplacement sur Conakry. Nous connaitrons la présence de grands écrivains etc. En bref, tous les acteurs du monde de la culture, les pays voisins, l’ONU, se donneront rendez-vous pour 2017 à Conakry. Nous allons profiter de cette occasion pour mettre points de lecture un peu partout, dans les écoles, dans les maisons des jeunes, dans les rues de Conakry et autres. Faire venir assez de livres à bas prix pour participer à l’éducation, à la formation des uns et des autres. Avec cet évènement, nous pouvons faire venir le monde dans notre pays.

 Ledjely.com : Vu que la Guinée se doit d’honorer la confiance placée en sa capitale, qu’est-ce qui est prévu dans le cadre de cet événement ?

Sansy Kaba Diakité : Plusieurs évènements sont prévus durant cette année. Au moment venu, nous ferons des circulaires pour que chacun de son côté, puisse connaitre ce qu’il doit faire.

Ledjely.com : A-t-on déjà une idée du budget à allouer à cette grande organisation ? D’où viendront les ressources ?

Sansy Kaba Diakité : Les ressources viendront de l’Etat, des entreprises partenaires, des privés, du sponsoring, etc. Nous avons demandé un montant de 3 millions d’euro aux partenaires pour faire certains évènements.

Propos recueillis par Ibrahima Kindi Barry

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